Femmes migrantes : un accès inégal aux soins prénatals selon leur statut légal

05 octobre 2020

Au Centre de Recherche en Épidémiologie et Statistiques (unité Inserm 1153 / INRAE / Université de Paris / Université Paris 13), les chercheurs Maxime Eslier, Catherine Deneux-Tharaux et Elie Azria de l’équipe EPOPé ont conduit une étude épidémiologique à partir de la cohorte française de femmes enceintes PreCARE.

Les résultats, publiés en septembre 2020 dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health, montrent que plus que le lieu de naissance des femmes migrantes, c’est leur statut légal qui est le plus associé au risque de ne pas avoir un suivi prénatal optimal, les femmes « sans-papiers » étant celles les plus à risque.  

Le contexte

En Europe, les migrants représentent une proportion croissante de femmes en âge de procréer. Selon l’INSEE, 23,2 % des femmes ayant accouché dans en France en 2018 sont nées à l’étranger. Elles présentent un risque accru de mortalité et de morbidité maternelle et périnatale sévère que celles nées dans le pays d'accueil. Ces risques sont plus élevés chez les femmes migrantes d'Afrique subsaharienne (ASS) que chez celles nées dans d'autres zones géographiques.

Les mécanismes qui expliquent ces inégalités sociales de santé sont complexes et pas entièrement élucidés. L'utilisation adéquate des soins prénatals, évalués à la fois par leur calendrier et leur contenu, est considérée comme un facteur important pour réduire le risque maternel et périnatal.

Le statut de migrant a été associé à un suivi prénatal inadéquat dans plusieurs pays à haut niveau sanitaire, notamment pour les femmes nées en Afrique subsaharienne. Les bases de données ne recueillant que rarement des informations sur le statut légal des personnes migrantes, on ne sait que très peu de choses sur le rôle joué par ce facteur, en particulier si le statut de « sans-papiers »  est associé au risque de suivi prénatal sous-optimal.

La cohorte prospective multicentrique française PreCARE est l'une des rares études où a été recueilli le statut légal des femmes enceintes migrantes incluses. L'objectif de l’analyse menée par l’équipe EPOPé était d'évaluer dans un pays comme la France où l’accès aux soins, en particulier en cours de grossesse, est supposé universel, l'association entre le statut légal des femmes enceintes migrantes et le suivi prénatal inadéquat. 

Les résultats

La population étudiée a été extraite de la cohorte prospective PreCARE (n = 10 419). Les associations entre le statut légal et un indicateur composite de suivi prénatal ont été évalués par des approches statistiques prenant en compte les potentiels facteurs de confusion (= régressions logistiques multivariées).

La proportion de femmes nées en Afrique subsaharienne était plus élevée chez les « sans-papiers » que dans les groupes de migrants ayant une nationalité européenne ou avec un permis de séjour. Tous les groupes de femmes migrantes présentaient un risque élevé de soins prénatal inadéquat (31,6 % pour les migrants légaux de nationalité européenne, 40,3 % pour les autres migrants légaux et 52,0% pour les sans-papiers) contre 26,4% pour les femmes nées en France.

Le fait d’être « sans-papiers » était significativement associé au risque de suivi prénatal inadéquat, un risque plus que doublé par rapport à celui des femmes non migrantes. Cette association était similaire pour les migrantes nées en Afrique subsaharienne et celles nées dans d’autres zones géographique non européennes.

Les perspectives

En dépit d’un système censé garantir un accès universel aux soins, en particulier pendant la grossesse, les femmes migrantes et en particulier celles « sans-papiers » présentent un risque élevé de soins prénatals sous-optimal.

Ce risque accru de recours insuffisant aux soins prénatals peut être associé à une morbidité maternelle et périnatale plus élevée. Une ouverture plus rapide et plus facile des droits, notamment de l'Aide Médicale d’État, pourrait faciliter l'accès aux soins prénatals.

Par ailleurs, l'expérimentation et la mise en place d'interventions ciblées (exemple : programmes visant à renforcer les connaissances en matière de santé...) et d'actions visant à rendre ce système plus accessible est une urgence.

Références


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