Insuffisance cardiaque aiguë : des différences selon le sexe et la région géographique des patients

06 mai 2020

À l’hôpital Lariboisière, Justina Motiejunaité et Alexandre Mebazaa, directeur de l’unité Inserm 942 / Université de Paris, et avec le soutien du réseau GREAT, démontrent que dans de nombreux pays, les femmes bénéficient moins que les hommes de traitements probants après un épisode d’insuffisance cardiaque aiguë. Néanmoins, la mortalité des femmes est inférieure à celles des hommes dans plusieurs régions du monde, telles que l’Asie du Nord-Est ou l’Amérique du Nord. Ils publient leurs résultats dans la revue European Heart Journal.

Le contexte

Bien que les femmes représentent approximativement un cas sur deux d’insuffisance cardiaque au niveau mondial, elles sont particulièrement sous représentées dans les protocoles de recherche en cardiologie. Des études conduites dans l’hémisphère Nord montrent des différences dans l’évolution de la maladie selon le sexe biologique des patients, mais il existe peu de résultats à l’échelle globale internationale.

On sait que les femmes en insuffisance cardiaque présentent des différences plus marquées vis-à-vis des hommes en ce qui concerne le tableau clinique, les facteurs de risques de décompensation aiguë et l’évolution à court terme. Par exemple, en comparaison avec les hommes, les femmes atteintes d’insuffisance cardiaque aiguë sont plus âgées, plus souvent hypertendues et one une fraction d’éjection préservée.

Néanmoins, les directives actuelles du traitement de l’insuffisance cardiaque sont fondées sur des études conduites principalement avec des hommes d’âge « mûr » (60 à 70 ans).

Ainsi, Justina Motiejunaité et Alexandre Mebazaa se sont donnés comme objectifs de définir l’influence du sexe biologique sur la mortalité à un an des patients arrivant aux urgences pour un épisode d’insuffisance cardiaque aiguë dans différentes régions du monde, et de déterminer si le traitement donné aux patients était adapté, ou non, selon leur sexe.

Les résultats

Deux cohortes d’insuffisance cardiaque aiguë ont été analysées, l’une (GREAT) comptait plus de 20 000 patients principalement européens et asiatiques, et l’autre (OPTIMIZE-HF) incluait plus de 25 000 patients américains (USA). Les données concernant les paramètres cliniques et paracliniques, ainsi que le traitement à la sortie ont été enregistrées, puis analysées.

Dans plusieurs pays en particulier d’Asie du Nord-Est, et aux USA, les femmes avaient un risque de décès plus faible dans l'année suivant la décompensation cardiaque, alors qu'aucune différence n'a été observée dans d'autres pays, en particulier européens.

Autre fait important : les femmes du registre GREAT recevaient moins fréquemment un traitement fondé sur des preuves scientifiques - une combinaison d’IEC et bêtabloquant - à leur sortie de l’hôpital, que les hommes (50% vs. 57%).

Les perspectives

Si les données acquises montrent une mortalité inférieure des femmes par rapport aux hommes après une insuffisance cardiaque aiguë, ces résultats pourraient être encore améliorés si les femmes bénéficiaient, comme les hommes, d’un traitement fondé sur des preuves scientifiques.

Une principale application de ces travaux sera leur prise en compte dans la conception des futurs essais cliniques mondiaux sur l’insuffisance cardiaque aiguë.

Références

  • Laboratoire Marqueurs cardiovasculaires en situations de stress (unité Inserm 942 / Université de Paris)

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