Patients VIH+ en échec immunologique : les plaquettes hébergent du virus et le disséminent

18 mars 2020

À l’Institut Cochin (unité Inserm 1016 / CNRS / Université de Paris), l’équipe dirigée par Morgane Bomsel, chercheuse CNRS, démontre dans Science Translational Medicine que les plaquettes de certains patients VIH+ hébergent le VIH infectieux in vivo, malgré une thérapie antirétrovirale combinée (cART) efficace supprimant la charge virale dans le sang. Fait important, la présence de ces plaquettes infectées est corrélée à un taux bas persistant de lymphocytes T4, i.e. à la mauvaise récupération des fonctions immunitaires.

Le contexte

Si le rôle des plaquettes dans l’hémostase (= ensemble des phénomènes physiologiques permettant l’arrêt de l’hémorragie et la coagultion du sang) est déjà bien connu, d’autres fonctions leur ont été récemment attribuées : elles interagissent avec des pathogènes, bactériens ou viraux. Ainsi, l’équipe du Pr. Elisabeth Cramer-Bordé (Hôpital Ambroise Paré Boulogne, Université Saint Quentin en Yvelines), collaboratrice de Morgane Bomsel, directrice de recherche à l’Institut Cochin, a récemment montré in vitro que les plaquettes capturaient le VIH.

La question a été alors posée de savoir si les plaquettes des patients pouvaient avoir un rôle dans la physiopathologie de l’infection VIH (in vivo). L’étude a été faite sur une série de patients suivis à l’hôpital Ambroise Paré dans le service du Pr Elisabeth Rouveix.

L’étude

L’équipe de Morgane Bomsel démontre ici la présence de VIH infectieux dans les plaquettes isolées de patients VIH+ malgré une suppression virale réussie par la thérapie antirétrovirale combinée (cART). Parmi les patients ayant une cART efficace sur la diminution de la charge virale, 20 à 30% sont en échec immunologique ne parvenant pas à rétablir un nombre de lymphocytes T4 correct après au moins 12 mois de traitement (dits patients en échec immunologique).

Pour mieux comprendre ces observations, les chercheurs ont comparé les paramètres immunologiques des patients ayant ou non du virus dans leurs plaquettes et montré que la présence de VIH infectieux dans les plaquettes des patients est en forte corrélation avec l’absence de récupération immunologique.

Les plaquettes sont issues des mégacaryocytes de la moelle. L’équipe a également montré que les mégacaryocytes de patients en échec immunologique étaient infectés par le VIH, ce qui expliquerait que les plaquettes qui en dérivent contiennent du virus.

Enfin, les plaquettes finissant leur vie en étant phagocytées par des macrophages, la transmission du VIH infectieux des plaquettes aux macrophages tissulaires a été testée in vitro. Les plaquettes de patients qui contiennent du VIH peuvent propager l'infection in vitro aux macrophages. Ce processus est empêché en bloquant l'interaction plaquette-macrophage avec un agent thérapeutique antiplaquettaire, l’Abciximab.

Les perspectives

En conclusion, cette étude met en lumière une voie encore inconnue de dissémination du VIH, dans laquelle les plaquettes jouent le rôle de transporteurs transitoires de virus infectieux. Elle identifie de nouveaux acteurs de la transmission du VIH : les plaquettes infectées contribueraient ainsi à remplir le réservoir viral dans les macrophages tissulaires des patients, malgré le traitement antirétroviral.

De plus, la détection de plaquettes infectées par le VIH chez les patients ayant une mauvaise récupération immunologique permet de concevoir des stratégies thérapeutiques efficaces sur l’éradication du virus et la guérison du système immunitaire

Références

  • Institut Cochin (unité Inserm 1016 / CNRS / Université de Paris)
  • Platelets from HIV-infected individuals on antiretroviral drug therapy with poor CD4+ T cell recovery can harbor replication-competent HIV despite viral suppression. Science Translational Medicine, 10.1126/scitranslmed.aat6263, F. Real, C. Capron, A. Sennepin, R. Arrigucci, A. Zhu, G. Sannier, J. Zheng, L. Xu, J-M. Massé, S. Greffe, M. Cazabat, M. Donoso, P. Delobel, J. Izopet, E. Eugenin, M. L. Gennaro, E. Rouveix, E. Cramer Bordé, M. Bomsel.

**Légende : reconstructions 3D d’images de plaquettes contenant du VIH. La moitié de la plaquette est montrée et les pointillés jaunes détourent la limite du plan de section. La surface et les membranes internes des plaquettes sont en vert (marquage par des anticorps anti-CD41), le virus dans des compartiments intra-plaquettaires est en rouge (marquage par des anticorps anti-p24).

Contact chercheur : morgane.bomsel@inserm.fr


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