Troubles du sommeil : les inclure pour mieux évaluer cliniquement le risque de suicide

09 juin 2020

À l’hôpital Bichat, le chercheur Pierre Geoffroy et son équipe du laboratoire NeuroDiderot (équipe Neophen, unité Inserm 1141 / Université de Paris), en collaboration avec Nicolas Hoertel et son équipe de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris (unité Inserm 1266 / Université de Paris), ont analysé les données d’une enquête prospective sur 3 ans pour modéliser les effets des troubles du sommeil sur l’occurrence des tentatives de suicide.

D’après leurs résultats, les plaintes du sommeil sont des facteurs prédictifs de conduites suicidaires, et ceci de manière indépendante de toute psychopathologie. La considération de ces troubles serait pertinente pour mieux évaluer le risque suicidaire des patients, et permettrait de faire progresser la prévention du suicide. Cette étude a été publiée dans la revue Molecular Psychiatry.

Le contexte

Des recherches antérieures suggèrent que les troubles du sommeil sont associés à un risque élevé de suicide. Cependant, ces troubles sont associés à un large éventail de troubles psychiatriques, et on ignore si cette association est indépendante de la psychopathologie.

Cette question est cruciale, car si les troubles du sommeil devaient augmenter le risque de tentative de suicide indépendamment des troubles psychiatriques, l'évaluation des symptômes du sommeil pourrait aider à mieux identifier les individus présentant un risque élevé de suicide et pourrait constituer une cible thérapeutique potentielle au-delà des troubles psychiatriques et faire ainsi progresser les stratégies de prévention du suicide.

Les résultats

Dans une vaste enquête prospective sur 3 ans, la National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions (NESARC), les chercheurs ont utilisé une modélisation par équations structurelles pour examiner les effets communs et spécifiques de trois plaintes du sommeil différentes sur la fréquence des tentatives de suicide : les difficultés d'endormissement, le réveil matinal précoce et l'hypersomnie.

L’équipe a déjà précédemment montré que les troubles psychiatriques augmentent le risque de tentative de suicide, presque exclusivement par un facteur psychopathologique général représentant l'effet partagé des troubles psychiatriques. Les covariables comprenaient ce facteur psychopathologique général, les antécédents de tentative de suicide et un large éventail de caractéristiques sociodémographiques et cliniques.

À la suite de ces ajustements, les chercheurs montrent dans cette étude longitudinale pour la première fois que toutes les plaintes liées au sommeil sont associées de manière indépendante à un risque accru de tentative de suicide. Cette association n'est pas spécifique à un type de trouble du sommeil, mais plutôt médiée par un seul facteur latent, représentant des mécanismes communs à toutes les plaintes du sommeil.

Les perspectives

Comme toutes les plaintes liées au sommeil sont associées à un risque accru de tentative de suicide indépendamment de la psychopathologie, nos conclusions suggèrent l'intérêt potentiel d'inclure l'insomnie et l'hypersomnie dans l'évaluation clinique du risque de suicide.

De plus, ces symptômes peuvent constituer un biomarqueur potentiel du risque de comportement suicidaire et une cible thérapeutique préventive au-delà des troubles psychiatriques pour faire progresser de manière substantielle la prévention du suicide.

Références

  • Sleep complaints are associated with increased suicide risk independently of psychiatric disorders: results from a national 3-year prospective study

Geoffroy PA, Oquendo MA, Courtet P, Blanco C, Olfson M, Peyre H, Lejoyeux M, Limosin F, Hoertel N. Mol Psychiatry. 2020 Apr 30. doi: 10.1038/s41380-020-0735-3. Online ahead of print. PMID: 32355334
 


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